Des membres des forces de sécurité montent la garde le long d'une route temporairement fermée en prévision des pourparlers de paix américano-iranien, le 20 avril 2026 à Islamabad, au Pakistan ( AFP / Aamir QURESHI )
Les Etats-Unis et l'Iran se sont adressé des menaces mutuelles lundi à deux jours du terme des deux semaines de cessez-le-feu, au moment où l'incertitude entoure une possible reprise des pourparlers entre les deux pays au Pakistan.
Une source proche du dossier avait indiqué à l'AFP lundi à la mi-journée qu'une délégation américaine devait décoller "bientôt" vers Islamabad en vue de nouvelles discussions avec l'Iran. Comme lors des premiers pourparlers du 11 avril, elle doit être menée par le vice-président JD Vance.
Alors que se profile la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis, après plus d'un mois d'une guerre qui fait des milliers de morts au Moyen-Orient et ébranlé l'économie mondiale, Donald Trump est revenu tard lundi sur un point de divergence majeur: le nucléaire iranien.
"L'opération Marteau de minuit (les frappes américaines de juin 2025, NDLR) a mené à l'anéantissement complet et total des sites de poussière nucléaire en Iran. C'est pourquoi la déterrer sera un processus long et difficile", a écrit sur Truth Social le président américain, qui emploie souvent l'expression de "poussière nucléaire" pour désigner le stock d'uranium enrichi de Téhéran.
Il avait pourtant promis vendredi que l'uranium iranien serait rapporté aux Etats-Unis "sous peu", assurant que l'Iran avait accepté de remettre son uranium hautement enrichi. Ce qu'a de nouveau démenti lundi Téhéran, qui nie vouloir se doter de la bombe atomique et défend son droit au nucléaire civil.
Cet ajustement de Donald Trump intervient peu après qu'il a assuré à Bloomberg que l'ultimatum pour la trêve entre les deux belligérants expirerait "mercredi soir, heure de Washington" et que son extension était "très improbable". La trêve devait s'achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran.
"Nous n'acceptons pas de négocier sous la menace et, au cours des deux dernières semaines, nous nous sommes préparés à abattre de nouvelles cartes sur le terrain", a affirmé sur X le président du Parlement de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf.
L'Iran n'a pas "à ce stade" de "projet pour le prochain cycle de négociations et aucune décision n'a été arrêtée à ce sujet", a fait savoir plus tôt le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, mettant en doute le "sérieux" des Etats-Unis.
- "Beaucoup de bombes" -
Un homme nourrit des chats errants dans un parc de Téhéran, le 20 avril 2026 ( AFP / - )
Si les revendications américaines ne sont pas satisfaites avant le terme du cessez-le-feu, "beaucoup de bombes exploseront", a averti Donald Trump sur la chaîne PBS.
"L'ACCORD que nous concluons avec l'Iran sera BIEN MEILLEUR que (...) +l'accord sur le nucléaire iranien+" conclu en 2015, a assuré Donald Trump sur Truth Social.
Mais le président américain a en outre réaffirmé qu'il comptait maintenir le blocus sur les ports iraniens "tant qu'il n'y aura pas de +DEAL+" avec Téhéran, affirmant qu'il fait perdre à l'Iran "500 millions de dollars par jour, un chiffre intenable pour eux, même à court terme".
"Au moins 26 navires de la flotte fantôme iranienne ont contourné le blocus américain" depuis son instauration la semaine dernière, a toutefois dénombré lundi la société de données maritime Lloyd's List Intelligence.
A Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi pour la première fois depuis plusieurs semaines, la vie a repris son cours, entre cafés bondés, sportifs et promeneurs en nombre dans les parcs.
Mais le fatalisme et l'épuisement semblent l'emporter parmi les gens interrogés par une équipe de l'AFP basée à Paris. "Quoi qu'il arrive, les perdants sont le peuple iranien", soupire une biologiste de 30 ans restée anonyme par sécurité.
Des passants marchent devant un grand panneau représentant le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, le 20 avril 2026 à Téhéran ( AFP / ATTA KENARE )
Saghar, 39 ans, dresse, elle, un tableau "terrible" du pays, qui recense plusieurs milliers de morts dans les frappes israélo-américaines : "Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel. La situation économique est horrible. Ils (le pouvoir, NDLR) arrêtent des gens pour rien. Les exécutions se multiplient."
- Discussions Israël-Liban -
Les cours du pétrole se repliaient mardi, après avoir de nouveau grimpé la veille en raison du regain de tensions dans le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
Il "doit rester ouvert", a insisté le président chinois, Xi Jinping, lors d'une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.
Image tirée d'une vidéo diffusée par le Commandement central américain sur son compte X, le 20 avril 2026, montrant des Marines américains abordant le cargo Touska, battant pavillon iranien en mer d'Arabie, le 19 avril 2026 ( Commandement central américain / - )
Face au maintien du blocus américain, l'Iran avait annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit, revenant sur sa décision de le rouvrir.
Et Téhéran a promis lundi de "riposter bientôt" à l'annonce de la saisie par Washington du cargo Touska, battant pavillon iranien, dans le golfe d'Oman dimanche.
Evolution du nombre de navires, notamment des tankers (pétroliers, méthaniers, etc.) passant par le détroit d'Ormuz chaque jour et ayant émis un signal via leur transpondeur, selon les données de Portwatch (FMI) ( AFP / Paz PIZARRO )
"On ne va probablement pas vers un accord. Chacun fait un blocus à des endroits différents", résume pour l'AFP le chercheur Pierre Razoux.
Sur le front libanais, de nouvelles discussions directes entre Israël et le Liban auront lieu jeudi à Washington, a annoncé la diplomatie américaine. Comme les premières du 14 avril, elles se tiendront au niveau des ambassadeurs.
Un fragile cessez-le-feu de 10 jours est entré en vigueur vendredi entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, que les deux parties se sont accusées de violer.
Les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont condamné lundi l'attaque qui a tué samedi un Casque bleu français au Liban, appelant à ce que les responsables "soient traduits en justice sans délai". Le président français Emmanuel Macron et l'ONU mettent en cause le Hezbollah.
Un nouveau bilan officiel a fait état de 2.387 morts en six semaines de guerre avec Israël.

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